Objectif : Innsbruck

Le projet

En février 2017, en plein changement dans ma vie personnelle, je suis allée à Lyon, chez mon amie Laura. Un soir sur son lit, l'ordinateur sur les genoux, on se dit qu'on a envie de partir toutes les deux en voyage. Mais où, comment, quand ? 

On a envie d'un endroit où l'on sait qu'on se sentira bien, un endroit rassurant, beau, proche de la nature, propice aux belles rencontres. Ce lieu, en réalité, je le connais déjà. Je parle du Tyrol, on regarde rapidement les billets de bus, d'avion. Impossibilité d'arriver directement à Innsbruck, ce sera donc Munich. Et puis, Innsbruck, eh bien, nous irons à pied. 


Nous voilà embarquées toutes les deux pour une aventure, cette aventure dont nous avions tant besoin, pour nous redécouvrir, qui nous a, à la fois tant rapprochées toutes les deux, mais aussi de nous même, de nos envies profondes.  

A Laura, ma chère amie. 

8 juillet - Munich/Starnberg/Iffeldorf

Laura est arrivée très tôt le matin dans la ville allemande, tandis que je la rejoins vers 10h à la gare. Mais voilà, il faut se retrouver à la gare. Ca y est j’y suis, mais je ne la vois pas. Je tourne en rond, je cherche partout. Et soudain, Laura est juste à côté de moi. On crie comme deux idiotes, trop heureuses de se retrouver et de découvrir qu’en fait, nous sommes à côté l’une de l’autre. On se tombe dans les bras, et puis direction le train pour aller vers le Sud. Un seul objectif nous guidera pendant tout ce périple, rejoindre les Alpes. Rejoindre le Tyrol, mon petit paradis sur Terre. 160km à faire à pied en 5 jours. 

Nous sommes chargées (surtout Hélène), plutôt inexpérimentées (surtout Laura), mais motivées. On rejoint le lac de Starnberg, on le descend sur quasiment toute sa longueur. On mange un bon gâteau allemand (le premier, mais pas le dernier, surtout pas !), et on continue de marcher. Et puis, on se rend rapidement compte que les kilomètres ne passent pas si rapidement, mais le temps si. 

Et nous décidons de faire du stop, pour la première fois toutes les deux, chargées de nos gros sacs, dans un lieu plutôt aisé (salut les voitures de luxe). Pouce vers le haut, on marche encore un peu, et puis un monsieur s’arrête, nous demande où nous allons, on lui répond dans un allemand très approximatif, il se dirige exactement dans la même ville. Pourquoi ? Au début, nous allons comprendre un concert de rock. Et puis, quelques kms plus loin dans sa voiture, on éclate tous de rire quand on réalise que c’est un concert de baroque qui l’amène à Iffeldorf, village paumé de la Bavière.

Un gentil monsieur nous accueille dans sa maison (merci Airbnb), on échange des regards, il ne parle pas un mot d’anglais, et nous ne parlons pas allemand. Mais on sent qu’il est bienveillant, et bientôt cette petite chambre est notre nouveau chez nous le temps d’une nuit. 

Le soir, on se dirige dans le village pour aller manger, sur le chemin nous faisons quelques photos avec le soleil couchant. La lumière est folle, cinématographique, les champs de maïs nous inspirent, les collines m’appellent et j’entraîne Laura sur une butte où la vue est à couper le souffle.

9 juillet - Iffeldorf/Ohlstadt

Ca y est, nous avons définitivement quitté la ville. On marche, on marche, parmi les petits villages du Sud de l'Allemagne, sous la pluie, au milieu des vaches. Pleines d'enthousiasme, on traverse quelques champs et on tombe sur un tout petit village en haut d'une jolie butte. Une mère arrive avec sa petite fille, elle nous tend un concombre et nous l'offre. Comme ça. Tout simplement. On discute, on lui parle de notre objectif, d'Innsbruck, de cet appel des Alpes. On fait une photo toutes les 4 et on repart. 

Un peu plus loin, une jeune femme s'occupe de chevaux. Elle les fait passer dans un autre champ, et les chevaux passent au galop. La scène est belle. Je ramasse une branche et commence à la tailler pour en faire un bâton de marche. On se rend rapidement compte qu'Ohlstadt est encore loin, et on décide de retenter l'expérience du stop. Des grands parents s'arrêtent et nous avancent à la prochaine ville. Ici, nous discutons avec un cycliste allemand qui parle français aussi bien que nous : il est tombé en amour avec un lac nommé Walchensee, non loin d'ici. C'est décidé, nous irons là bas. 

Quelques instants pour se repérer, garder le cap, nous devons traverser une petite forêt en haut d'une colline. L'humidité du sol, la senteur des arbres nous fait du bien en cette fin de journée. Après ces moments de pénombre, nous voyons de loin notre objectif, un petit village au coeur de la vallée. Nous sommes en face, mais l'orage est énorme. On court et on se retrouve à une intersection quand des trombes d'eau nous tombent dessus. Nous n'attendrons que quelques secondes avant qu'une petite voiture avec 3 amis à l'intérieur nous récupèrent et nous emmènent à destination malgré le détour. Vivifiant cet orage, qui est déjà terminé au bout de quelques minutes. 

Nous arrivons à notre logement, une femme vit en quasi autonomie ici avec son chien, ses chevaux, sa cuisine extérieure, sa douche à l'eau de pluie et ses toilettes sèches. Et puis, nous rencontrons un grand gaillard, un londonien, Adam. Ce gars est la bonne humeur incarnée. Il nous propose de nous emmener le lendemain à Walchensee, ce lac, petite perle de la région. La soirée s'annonce pleine de promesses. 

10 juillet - Ohlstadt/Mittenwald

Adam travaille dans cette région : il loue des vélos à la journée pour le tourisme. Il fait un petit détour en allant à son travail par le lac de Kochel Am See. Nous passons donc la matinée dans l’eau turquoise de ce lac du sud de l’Allemagne. Adam nous rejoint ensuite, nous mangeons ensemble et passons une après midi sur les bords d’un autre lac tout aussi beau, Walchensee. Ce fameux coup de coeur du cycliste d’hier. On comprend rapidement pourquoi il nous en a parlé. C’est le temps de l’insouciance, qui s’écoule lentement à travers nos discussions avec Adam. Son grand père est décédé la veille, et notre bonne humeur lui fait du bien. 

Nous n’oublions cependant pas l’objectif de cette journée : arriver le soir à Mittenwald, porte sur la frontière autrichienne et le Tyrol. Adam nous libère des heures de marche avec son van. On dirait une colonie de vacances, mais à 3, ça chante sur le trajet comme des enfants, ça éclate de rire sans cesse. Et puis, voilà le moment de se quitter, on se retrouvera certainement à Munich, on se prend dans les bras, et on se dit donc à bientôt. 

Une fois nos affaires déposées dans notre hébergement, on remarque d’énormes nuages vers les montagnes, on grimpe sur la colline la plus proche. Le spectacle est saisissant, intense. Un nouvel orage de fin de journée s’abat sur nos petits corps qui redescendent trempés la rue en courant. Ce soir, nous mangerons dans des vêtements mouillés. Et demain, nous passons la frontière. 

11 juillet - Mittenwald/Seefeld

Ce moment que j’attends depuis le début de notre périple est arrivé : aujourd’hui, l’objectif est de passer de l’autre côté de la frontière. Nous partons de Mittenwald, le temps est radieux, la journée s’annonce parfaite. Et puis, nous déchantons rapidement, nous sommes obligées d’emprunter une route sur laquelle les quelques voitures qui passent nous frôlent, ça grimpe fort, on passe par plusieurs épingles, et aucun chemin plus enchanteur autour. 

Quand le moral commence à flancher, nous entendons « Ca y est, gars ! On est à la frontière ! », des cris de joie, et surtout, du français ! Je comprends alors que derrière le prochain virage, nous y sommes. Rencontre avec des cyclistes venus de Strasbourg, ils passent en Allemagne, nous passons au même moment en Autriche. On profite de ce joyeux croisement pour faire quelques photos souvenirs. Le drapeau autrichien est là, et quelques mètres plus loin, une stèle avec un aigle, ça y est, nous sommes au Tyrol. 

La route continue, mais rapidement, on tombe sur un chemin, qui me rappelle de très lointains souvenirs. Le sentier est aménagé, et nous tombons comme par magie sur des gorges impressionnantes. Je suis déjà venue ici, avec mon grand père, il y a bien longtemps. Je ne me souvenais même pas que ces gorges étaient dans cette zone, ça finit de nous rebooster pour la journée. L’admiration pour les roches, l’eau qui y circule, on continue notre chemin en direction de Seefeld. 

Je veux absolument emmener Laura en altitude, et je connais un bel endroit pour ça. Pour gagner du temps, nous refaisons du stop, et en quelques minutes, nous voici déjà en bas de la chaîne de montagnes des Karwendel. Mes yeux et mon coeur s’affolent sous le regard amusé de Laura. J’ai tellement marché dans ces montagnes, je les ai vues tellement de fois devant moi, c’est maintenant adulte que je me rends compte de toute la beauté du lieu. Nous montons en altitude, une seule idée : rejoindre la croix du Seefelder Spitze. C’est parti pour une randonnée avec mon sac qui me déséquilibre souvent. Mais on avance. 

L’altitude nous monte à la tête, les choquards nous tournent autour dans leur vol majestueux. Le trajet du retour se fait en chansons et en fou rire. Cette fois, c’est ce dernier qui me déséquilibre. On redescend sur Seefeld, et une fois n’est pas coutume, le ciel nous tombe sur la tête, la pluie nous fait courir sur la route, quand un gentil monsieur accepte de nous emmener avec sa voiture jusqu’à notre auberge. Nous passerons la soirée à grignoter nos restes de pique-nique depuis 4 jours, sur des lits confortables, à voir le soleil se coucher depuis notre petite terrasse. 

12 juillet - Seefeld/Birgitz

Nous partons de bon matin de notre auberge. On marche 5 minutes. Et puis, rapidement, trop tentées, nous faisons du stop, c’est tellement facile ici ! 2 voitures passent. La 3ème s’arrête, et nous tombons sur des belges, on retourne à Seefeld, on se balade dans les rues de la ville qui est une station de ski l’hiver, et puis nous prenons le train pour Innsbruck. Nous touchons au but. 

Une fois arrivées dans la capitale du Tyrol, on prend nos billets pour Munich pour y retourner 2 jours plus tard et nous déambulons dans cette ville que je connais par coeur, cette ville enclavée dans les montagnes tyroliennes. 

Le soir, nous retrouvons notre hôte à la gare routière d’Innsbruck, nous faisons connaissance dans le bus, et nous arrivons à Birgitz, petit village. Une grosse averse de fin de journée éclate, le ciel est absolument fou, un arc en ciel, double et complet fait son apparition. Arrivées chez nos hôtes (un frère et une soeur), nous sommes accueillies comme des reines : fromage, vin et soupe maison. Après une soirée passée à échanger et discuter de nos projets divers, de nos opinions, nous nous endormons comme des bébés sur leur canapé. 

13 juillet - Birgitz/Innsbruck

Nos hôtes nous ont laissé une carte de la zone pour pouvoir randonner. Je connais bien cet endroit, et j’ai envie d’emmener Laura dans un lieu qui compte pour moi, où j’ai très souvent mangé avec mes grands parents, les pieds dans l’herbe, la montagne dans les yeux. Nous traversons les champs de maïs de Birgitz, et puis nous passons dans une forêt. La lumière qui passe à travers les arbres révèle tout le vert autour de nous. Nous trouvons fraises des bois et framboises, et nos petites mains se remplissent rapidement. Profiter des cadeaux de la nature nous fait un bien fou. Nous immortalisons en photo ces moments de communion avant de continuer notre chemin. 

Mais voilà, au bout d’un certain temps, au lieu de grimper la colline comme il devrait le faire, ce chemin se met à descendre. Je décide de couper à travers une pente couverte de rondins de bois, de ruisseaux, de grandes herbes. C’est la galère. Laura me suit, je nous ai mis en difficulté, et le moral commence à descendre dangereusement, en même temps que nous ne voyons pas la fin de ce « raccourci ». Mais je continue de monter, encore et encore, et bientôt j’entends un bruit familier. Ca y est, on a retrouvé la route ! Nous nous étalons par terre trempées de sueur, d’eau, pleines d’herbes en tout genre et de coupures. Pouce en l’air, nous arrivons rapidement à ce lieu tant attendu. 

Après la fatigue, l’angoisse d’être perdues, les douleurs musculaires, notre petit pique nique est une explosion de joie de vivre. On se roule littéralement dans l’herbe, enchaînant fous rires sur fous rires. Après ces moments intenses en émotions, nous prenons la direction d’Innsbruck, pour passer une dernière soirée dans cette ville où il fait bon vivre.


14-15-16 juillet - Innsbruck/Munich

Munich, le dur retour à la ville. Nous continuons d'enrichir nos coeurs par l'architecture et l'art des rues. Mais voilà, à peine dans le train pour Munich, à peine je quitte Innsbruck, le Tyrol, les montagnes, les prairies vertes, j'ai déjà cette tristesse. C'est déjà presque la fin du voyage, et nous sommes nostalgiques. Mais un évènement nous aura marqué à Munich : la Gay Pride. Il y a quelques jours, l'Allemagne a voté en faveur de la loi pour le mariage gay. C'est l'effervescence. La victoire. Nous décidons de nous fondre dans cette foule joyeuse, pleine d'amour, et d'ondes positives. Et au milieu de tous ces gens qui s'aiment, peu importe leur origine, couleur, sexe, orientation sexuelle, nous nous sentons vraiment bien. Nous retrouvons Adam, quitté quelques jours plus tôt, qui fait partie de la fête. Doux moments passés dans la capitale de la Bavière, et puis, bientôt, nous reprenons le chemin de l'aéroport. La mélancolie nous rattrape, mais nous allons dans la même direction, vers nos terres natales, le Sud Est de la France. 

A partir de ce jour, Laura & moi ne cessons de nous appeler quotidiennement. Il y a maintenant quelque chose en nous, un petit bout des Alpes, ces moments d'amitié, de soutien, de questionnement, si forts, qu'ils restent gravés dans nos mémoires.  


Laura, merci pour ton écoute, ta folie, ta confiance, ta joie de vivre. Je suis heureuse d'avoir transmis à ce petit bout de femme que tu es, une part de mon enfance dans les Alpes. 

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